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Je descendais le col du Pourtalet sous l'orage, les bouteilles d'alcool achetées au sommet s'entrechoquaient légèrement dans le coffre, je prenais les lacets prudement, en photographiant le paysage bouché à travers le parebrise. Je sais, c'est pas malin, mais je me disais que le résultat pourrait être pas mal. Au final, bof, voir ci-dessus, bricolée en plus. Puis, sur le bord de la route, avant le barrage de Fabrèges, un auto-stoppeur. Je m'arrête même s'il va me tremper le siège passager. L'individu est un grand blond à la barbe épaisse, il grimpe, tout dégoulinant mais visiblement soulagé et dans un accent québecois impeccable:

- C'est encore loin Laruns ?

- Oui, une vingtaine de kilomètres ! Tu comptais y aller à pied ?

- Oui, je voulais profiter de la montagne puis l'orage a éclaté.

Ma question est nulle, celle que je n'ai pas pensé à lui poser c'est d'où est ce qu'il pouvait venir comme ça, il n'y a rien à des dizaines de kilomètres à la ronde à part quelques ventas à la frontière et une station de ski vide à cette période de l'année.

Il me raconte que chez lui, il fait froid mais au moins il y a du soleil, il ne l'a pas encore vu depuis qu'il a débarqué sur la vieille Europe, il est passé voir un pote en Ecosse, un autre à Paris puis il est ici maintenant. Après il compte aller jusqu'à Saint Jacques de Compostelle à pied mais qu'il va d'abord prendre le train jusqu'à Madrid pour se rapprocher. Sacré baroudeur, mais j'ai l'impression qu'il n'a ni le sens des distances ni celui de l'orientation, pourtant quand on chasse le caribou dans les forêts grandes comme quatre fois la France, il doit falloir l'avoir ! Mais ça ne me regarde pas. Il me dit que chez lui il n'y a pas que Céline Dion, je rétorque qu'il y a aussi Garou. Par contre, il connait pas les Breastfeeders, c'est dommage. Mais il a quand même au sacré accent, il doit venir des environs de Chicoutimi. C'est insupportable, je le pousserais bien hors de la voiture dans le ravin s'il était pas assis côté montagne. J'ai été gentil, je l'ai sorti de sous le déluge alors j'ai le droit. Non, je déconne, il est un peu allumé mais génial, on parle de chouilles, de beuveries, le bruit des bouteilles est le même partout. Je l'aurais amené sur deux cents bornes sans qu'il y est un blanc dans la discussion. Son accent me fait rire, c'est très con de ma part, je sais, d'ailleurs quand je m'entends parler, c'est pas mal non plus.

Arrivé au centre de Laruns, il descend de la voiture, me remercie dix fois, et avant de refermer la portière, il fronce les soucils et me demande:

- Au fait, comment t'as su que j'étais québécois ? Il y en a beaucoup dans la région ??

 

 

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