Un jour vous croyez au genre humain, vous savez qu'il va se réveiller et se reprendre en main, vous appréciez ce rayon de soleil, les gazouillis des oiseaux vous sont agréables, la vie est belle et le monde va le redevenir, vous avez la foi et vous distribuez de l'amour par paquets de douze. Le lendemain, vous souhaiteriez le retour de la peste bubonique, qu'elle emporte avec elle toute forme de médiocrité avec le risque d'y passer avec, vous voudriez qu'il pleuve du béton sur l'Amazonie pour que ces saletés de singes hurleurs se la ferment. Cette envie de tout repeindre en noir, ce n'est pas de la déprime ni même de la mauvaise humeur, c'est juste que vous êtes passé du côté obscur, vous êtes juste tout bonnement démoniaque. Et ce jour là, la bande son sera Better Luck Next Life, le nouvel album des Royal Baths.

 

Ce disque est délicieux, un délice vénéneux, une amanite phalloide qui vous transporte dans les profondeurs, séduit par cette voix douce qui vous endort pour mieux vous posséder, elle vous chante Darling Divine et telle celles des sirènes, court à votre perte. Une sirène qui baignerait dans les eaux usées du port, entre gasoil, détritus et cadavres. Faster, Harder vous tourne autour quelques minutes, vous fixe d'un regard qui suinte le cul et vous avez le sourire carnassier et tout ça bascule dans le cru et vas y que ça accélère et que ça claque jusqu'au dernier soupir, bien plus subjectif que le Daft Punk du même nom. Le rythme maintient une tension étouffante et la fenêtre de cette chambre miteuse est coincée, on va crever dans les fracas de Be afraid of me. Map of Heaven a beau prendre de la hauteur, rien n'y fait. Il y a là la noirceur du Velvet Underground, le chaos des Doors, c'est des références certes faciles, mais pourquoi aller chercher plus loin quand, toutes proportions gardées, c'est si évident ? Et les deux de Royal Baths ont l'oeil fou, ils sont malsains et d'une sérénité qui fait froid dans le dos. Better luck next life, ça veut dire quoi ? Ils vont nous planter ? Le poison va nous claquer ? Merde, après tout on ne parle que de musique ! Si on était moins sensible à ce genre de chose, qu'on laissait ces saletés à Frisco ou Brooklyn, la chance nous aurait souris dès vie ci.

  

Alors Royal Baths n'en fait pas t-il trop pour jouer les anges noirs ? La pochette où il ne manque qu'une seringue, les titres aux noms évocateurs. Depuis le temps, on en a vu passer des gars qui font style, des types qui font genre, j'en parlais encore hier au téléphone avec Iggy Pop. On les reconnait vite les putains de poseurs en toc, parce que ça colle pas, ça sonne faux. Eux, n'en sont pas. Royal Baths, c'est les nouveaux petits princes des bas fonds.

 

 
 
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