On était à Rock en Seine le week-end dernier. La dixième édition du festival francilien avait choisi les gens de ma génération comme cible privilégiée, si bien que la blague facile était de dire que l'affiche était idéale ... pour l'année 2002 tellement elle regorgeait de vieux routiers. L'organisation a été parfaite, millimétrée. En gens sérieux, nous avions toujours un oeil sur le programme et l'heure, prêt à bouger d'une scène à l'autre dans la seconde pour ne pas en louper une miette, pas le temps de glander à la buvette. Et on a pas été déçu. Ou très peu.

17h00 - On enjambe les gens assis dans l'herbe par encore piétinée de la Scène de l'Industrie, celle bordée par les statues en place depuis Louis XIV, et nous sommes au deuxième rang lorsque Yeti Lane commence à jouer sa pop de l'espace. Pas besoin de décollage fulgurant pour se retrouver immédiatement en apesanteur. C'est propre, on est bien enveloppé de ces nappes synthétiques, mais on est tellement haut qu'on a fini par percer les nuages et maintenant il pleut, c'est malin.

17h35 - C'est donc sous les arbres de la Scène de la Cascade que nous assistons à la prestation de Get Well Soon accompagné de l'ONDIF (pour Orchestre National D'Ile de France). Il y a là un chanteur à l'air grave, une chanteuse qui se contente de choeurs Ooooooh puis derrière un paquet de musiciens rock et classiques. C'est pas mal mais à quarante, ils sont très loin de l'intensité que peut atteindre Arcade Fire à six ou sept. La pluie s'arrête en même temps qu'eux, n'y voyons aucune relation de cause à effet.

18h20 - On peut s'approcher assez près de la Grande Scène pour Dionysos. Un groupe, même si je n'écoute jamais ses disques, qui a  toute ma sympathie depuis un sacré concert à Biarritz, il y a dix ans. John Mc Enroe n'a jamais été un grand poète. Les cerfs volants, les Jedi, les coccinelles ne sont pas des sujets très rock et pourtant le show l'est bien, Bird'n'Roll plus exactement, le groupe s'est mis en configuration festival, pas de place pour les petits moments de ukulélé. Matthias Malzieu est survolté, saute partout, se fait un cent mètres nage libre dans le public et s'il ne bat pas Yannick Agnel, c'est qu'au moment du demi-tour, il a escaladé la régie pour chanter au mégaphone au dessus de la foule. Ce dernier titre, le vieux Wet a dû durer un quart d'heure, se transformant même en Smell Like Teen Spirit quelques instants. Pffffiou.

 

377036_10151117595348851_1173355654_n.jpg          Dionysos - Crédit Victor Picon

 

19h15 - On traverse tout le site et changement radical d'ambiance pour Dark Dark Dark, groupe dont j'ai adoré les deux premiers albums mais je n'ai jamais pu voir en live malgré deux passages chez moi ces derniers temps. Mais voilà, on est dans les humeurs mélancoliques de Wild Go et ... ce n'est ni le moment ni l'endroit. Et ça passe pas. Quand l'intro au piano du magnifique Daydreaming se fait entendre, je suis face à l'urinoir. Encore un rendez-vous de loupé, on dirait bien. C'est l'heure du couscous merguez.

20h20 - Le R'n'B n'est pas forcement ma tasse de vodka redbull mais faut bien avouer que Franck Ocean a quelque chose de plus que tous les guignols du genre. Le sien est hybride tendant soit vers le hip-hop classique ou des morceaux d'un rock funky. Celui qui fut le parolier de Beyonce avant de se lancer au micro fait le crooner et les filles le prennent pour elles vu qu'elles comprennent pas les paroles, il sait aussi dynamiser le set par un flow fluide. Franck Ocean doit être le futur du genre. (Ces lignes sont dédiées au journaliste de Libération Philippe Brochen)

21h00 - Sigur Ros, un vague souvenir de quelque chose qui ressemblait plus au chant des baleines qu'à de la pop. On est bien placé, on va rêver ou s'ennuyer. C'est une énorme déflagration qui nous cueille à froid pour des montagnes russes émotionnelles vertigineuses. Des fois la voix de Jonsi et sa veste à frange force très, trop longtemps dans les aigües sur un violon à l'agonie et ça en devient derangeant, puis tout l'orchestre de cordes et de cuivres se met en marche pour des moments instrumentaux magnifiques, d'une intensité incroyable. Un moment dont je n'attendais rien et dont je ressors tout chamboulé.

22h00 - C'est l'heure de la tête d'affiche de la journée, un moment dont je n'attendais heureusement rien. Placebo est une erreur. Un groupe qui n'aurait jamais dû dépassé le stade du petit groupe de power pop à forte personnalité de la fin des 90's. Parque après hein bon. Aujourd'hui, ils font de la pub avec Mercedes. Bientôt ils auront leur nom sur le coffre d'une classe A alors que Bon Jovi et Pink Floyd avaient dû se contenter d'une Golf. Et sur scène ? Ah oui. Ils prouvent qu'une grande blonde avec un gant argenté qui joue du violon électrique n'est pas obligée de faire partie d'un groupe de métal symphonique. Sinon leur morceau le plus applaudit a été The Bitter End, c'est dire.

23h20 - Bon, on laisse les DJ de C2C sur notre droite et direction dodo parce qu'il reste encore deux jours.

 


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