Quand on a ouvert les volets, la gueule dans le pâté, la faute à l'after, pas à la Kro de Rock en Seine, Paris était tout à fait gris, ce sale crachin qui semble ne jamais pouvoir s'arrêter de tomber s'était incrusté pour de bon dans le ciel. Et pourtant aujourd'hui j'étais vraiment motivé pour aller faire mon travail de rock critic, c'est à dire regarder un max de concert et arrêter de faire l'andouille avec les voisins. Alors j'ai mis mon K-Way et go. La poussière avait fait place à la boue. C'était horrible. Il y avait des Versaillais à l'agonie, leurs Clarks en daim étaient foutus, souillés par la fange. Des Neuilléens souffrant le martyr, se tenant le bras de leur veste The Kooples crépis de merde par des Bretons qui courraient dans les flaques. Verdun. Rock en Seine s'est engagé à dédommager les victimes nous apprend le Gorafi.

 

On arrive devant le Wall of Death un quart d'heure avant la fin, suffisant pour se dire qu'on a loupé quelque chose de grand. Auteur d'un disque, Main Obsession, en forme de cathédrale psychédélique, les Parisiens sont fidèles à ce son grandiose, une rythmique des plus lourdes, les claviers et la voix qui envoient le tout planer haut dans la stratosphère. C'est pas pour rien que les gars ont fait les premières parties US des Black Angels. On retraverse le bayou pour voir Ms Mr, une dame qui chante et un monsieur au clavier avec deux autres musicos qui n'ont pas le droit d'apparaître dans le nom du groupe. Ils proposent une pop synthétique, la chanteuse, vêtu années 80 avec un pantalon sous les aisselles et une coiffure très Cindy Lauper, a du charisme. C'est plutôt sympa, décontracté et frais.

 

Il s'est arrêter de pleuvoir. On retraverse le delta sans qu'aucun crocodile nous attrape les chevilles direction la grande scène, pour un spectacle des plus grotesques, tout un groupe en survet Adidas. Du jamais vu depuis le décès du Neo Metal. The Eels rentrent donc de faire un tennis avec Guy Forget. Ce brave Mark Oliver Everett, l'air plus taré que jamais, menace de trancher la gorge à quelqu'un dans le public mais en fait c'était pour rire. Le set est vraiment bon, ils alternent entre gros rock râpeux et ballade donc ils ont le secret. Ils m'ont fait bien meilleure impression aujourd'hui qu'il y a trois ans où c'était un espèce de n'importe quoi rock'n'roll. En parlant de rock'n'roll, Skip the Use avec qui on avait déjà sauté dans tous les sens à Garorock pète toujours le feu, hurle à s'en flamber la carotide, "EST CE QUE VOUS EN AVEZ QUELQUE CHOSE A FOUTRE D'EN AVOIR RIEN A FOUTRE ???" "NOOOOOOON !!!" Sauf que cette fois on est au fond de la scène avec les gens qui en ont rien à foutre de sauter en l'air. Devant un mec au cheveu long et soyeux, torse nu, vêtu d'une peau de bête, une sacoche en cuir à la taille. Alerte ! Les Vikings ont remonté la Seine. Et mec, c'est System of a Down qui joue après, c'est pas Bathory ! Revenons à Skip the Use qui découvre en avant première son nouveau single, ça s'appelle Smell like Teen Spirit, ça envoie du steack !

 

1236365_10151799591723851_1558617686_n.jpg        The Bloody Beetroots par Victor Picon

 

Jusque là j'avais échappé à l'électro, à Vitalic et aux frangins Kalkbrenner, mais là on est parti pour les Bloody Beetroots. Sur scène, 4 ou 5 méchants Spiderman noirs martyrisent tout ce qu'ils ont sous la main, et ça tape bien. Si ça avait été des gentils Spiderman, ça aurait surement sonné comme du Phil Collins. Je ne sais pas pourquoi j'ai toujours ces mauvais préjugés par rapport à l'électro mais à chaque vous que je m'y trouve devant, ça passe bien. on peut pas en dire autant des mecs de devant, tout de noir vêtus, longs cheveux au vent, l'air maussade et d'humeur épique ... Et les mecs, c'est System of a Down qui joue après, c'est pas Rhapsody ! On décide de ne pas aller shaker notre booty chez major Lazer. Pâtes asiatiques excellentes, des sucres lents pour la suite, on s'installe dans la butte, vue imprenable sur la grande scène.

 

L'ambiance monte, System of a Down monte sur scène sans fioriture ni feu d'artifice, les premières notes du trippant Aerials retentissent et là c'est là folie, tout le monde se met à chanter comme il peut. Ils enchaînent avec des morceaux bien violents des deux premiers albums Prison, Needle, War ? (?), puis arrivent les singles, ceux des clips qu'on a vu sur MTV. J'avais un peu peur de ne pas retrouver la voix de Serj Tankian, mais il est bien là, sauf quand tout le monde chante autour, on se rend pas compte mais on est beaucoup à très mal chanter, et je m'y inclus avec plaisir. Les sommets ? Chop Suey, Spiders bien sûr. Sugar diabolique, comme les SOAD, il n'y a qu'à voir sur grand écran leur regard, ils sont habités par Belzebuth ! Le groupe excelle dans tous les registres qu'on lui connaît, et Toxicity arrive, combien de fois l'a-t-on repris en air band à 5h du matin, en braillant sur le canap, hein ? Combien ? J'aurais aimé que tous ceux du canap soit là, tiens ...

 

Très vite le site se vide dans les artères parisiennes, les festivaliers ont des étoiles dans les yeux. Ils ne pensent pas à demain ni à l'an prochain, ils pensent à la mandale que System vient de leur coller.

 

Retour à l'accueil