Des fois il faut savoir dire "oui" et réfléchir après. Par exemple :

- On va voir Radiohead le 11 Juillet aux arènes de Nîmes, on te prend une place ?

- Oui, bien sûr. Super. Merci.

Puis on pense à des trucs comme Nîmes c'est loin, ou j'ai un emploi et je suis censé travailler ce jour là, ou encore je n'ai pas écouté Radiohead depuis plus de 10 ans. Rien de rédhibitoire en somme, donc la réponse était bien "oui".

 

On approche des arènes, Thom Yorke lève des sous à un distributeur de la BNP, il ressemble tellement à rien qu'il doit payer pour rentrer à ses propres concerts.

 

On rentre dans l'antique place alors que Caribou est en train de finir la première partie. Caribou c'est pas du folklore québécois, c'est un de ces groupes de pop de l'espace à la Animal Collective ou Grizzly Bear, que j'aime généralement pas. Mais je dois avouer que leur titre Odessa passe bien. Le final doit sûrement s'appeler Sun. Plusieurs Ola font le tour des arênes, il y a des vendeurs de cacahouètes, ambiance Intervilles. Bref, je n'ai jamais vu de concert dans une aussi belle enceinte, et je n'ai jamais été aussi mal placé, le cul sur les pieds de derrière, les genoux plantés dans les omoplates de la dame de devant. Heureusement ça va se décanter un peu. Malheureusement la Porte 28 reste toujours dans le prolongement de la scène.

 

Putain de Porte 28, oui ! Il y a un pylône de lumières entre Thom Yorke et moi. J'aurais très bien pu aller le faire tomber dans la fosse pour me dégager la vue, mais j'ai cru comprendre que le groupe a eu assez de problème avec son décors ces derniers temps. Je peux quand même le voir sur les superbes écrans néons du fond scène, dans une lumière d'abord dans les verts bleus puis rouge. Thom a toujours ses yeux de taupe rousse et à maintenant une queue de cheval. Le genre de gars qu'on penserait pas trouver en dehors d'un bureau de paris anglais. Tant pis, de toute façon il s'agite régulièrement comme pris de convulsion sur tout le devant de la scène. Et puis il n'y a pas que lui, on a vu sur Johnny Greenwood qui joue de toutes sortes de télécommandes débout ou à genou.

 

http://tony.trichanh.free.fr/blogspot/radiohead_4.jpg           Photo de Kumo09, en voir plus chez lui, ici.

 

Je ne fais pas parti des gens qui sont venus entendre Creep, bien qu'il ne doit plus y en avoir beaucoup, mais je n'ai pas passé le siècle avec Radiohead, je me suis arrêté à OK Computer et plus d'une décennie s'est écoulée depuis, logique que le groupe privilégie les morceaux de cette période, normal donc que je n'en connaisse aucun. Mais je dois avouer qu'ils ont ici une sacrée dimension. Qu'il soit dans l'incantatoire épileptique ou l'ouragan magnétique et sonore, Radiohead parait paradoxalement autant primaire voire animal qu'à la pointe de la technologie et on se demande si la danse de Thom Yorke est celle d'un sorcier envouteur de masse ou si c'est lui qui est envouté et possédé par la musique qu'il produit avec ses acolytes. Curieux.

 

Airbag n'est pas ma chanson préférée de OK Computer mais c'est la première que je reconnais alors que le concert est déjà bien avancé. Suit un Climb Up the Wall désolé. Finalement on est bien là. Je regarde les gens dans la fosse, ils doivent se régaler, les coquins. Puis mes yeux se portent tout en haut sur les silhouettes noires des gens appuyés contre les derniers murs de pierres qui se découpent dans le ciel bleu foncé, la nuit tarde à tomber, le 11 juillet ensoleillé résiste. Le vent souffle doucement me provoque quelques frissons. A moins que ce soit Exit Music que le groupe entame. Beau à pleurer.

 

Je ne sais plus trop ou on en est. Le groupe finit par quitter la scène en laissant un morceau que je n'aime pas trop tourner. On me dira plus tard qu'il s'agissait de Idiotheque. Ils reviennent pour un copieux rappel, ou on entendra notamment un intense Reckoner et le public de Nîmes. Des ovations à répétition venant de 12000 personnes qui vont droit au coeur du groupe qui a pourtant du vécu, mais aucune lassitude à priori. Il s'est déjà passé un paquet de truc là en bas en 2000 ans d'histoire. Je ne sais pas comment résonne cet endroit quand un Padilla ou un Juli enlève la queue et les deux oreilles, ni comment il résonnait quand le gouverneur du coin baissait le pouce signifiant la mise à mort du pourtant valeureux gladiateur. Aucune idée, mais Radiohead a droit à un sacré vacarme. D'allieurs ils reviennent encore. 2h30 de concert et Street Spirit (Fade Out) met tout le monde à genoux.

 

Une idée précise de ce qu'il s'est passé la veille chez Blinkinglights. Et oui, Radiohead jouait aussi à Nîmes le 10 juillet.

 

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