Les deux colonnes avancent sur un parking déserté puis se rentrent dedans sur une boucle de violon virtuose qui durera toute la bataille, les fumigènes fusent d'un camp vers l'autre, on chausse les mecs parterre. Les rouges, c'est les supporters du Spartak Moscou, ceux à tendance bleu, ils sont du Zenith Saint Petersbourg. Depuis son balcon d'une banlieue sans âme, Koudlam prend ses airs de dandy fracassé pour dire I can see you all puis s'arrache la voix bien que le spectacle ne l'intéresse que vaguement. Puis les deux armées se séparent et se reforment méthodiquement des deux côtés d'un pont pour une nouvelle mêlée en son milieu. C'est le niveau de difficulté numéro deux. Contrairement à Port Said, il n'y a pas de politique là au milieu, où si elle existe, elle ne regarde qu'eux. On regarde notre civilisation s'auto-détruire, couler à pic sans même se retourner voir une dernière fois la surface. Le violon nous a amené au dessus, vous pouvez vous entretuer jusqu'au dernier, on s'en fout. Non, c'est même mieux.

 

 

 
Vous sortez de chez vous pour aller chercher le pain et il y a un mec à poil qui saute à pieds joints sur le toit de votre voiture. Il vient vers vous et se frotte à votre jambe. Vous savez pas quoi faire, vour êtes gêné, vous le repoussez mais comme il insiste, vous lui mettez un coup de poing sans conviction, mais il vous suit, et il y a un voisin qui arrive avec un peignoir pour l'habiller mais il le fout parterre. Et encore une fois, Koudlam filme depuis son balcon, lieu privilégié  pour assister au show de la folie ordinaire. Le mec a craqué, il veut quitter cette civilisation dont il n'a jamais demandé à faire partie. Il veut retourner vivre dans les arbres alors il se comporte comme un chimpanzé lâché dans un magasin de porcelaine. Il veut tout casser, même ta routine, exulter, ne plus rien respecter. Mais c'est la camisole et les murs capitonés qui l'attendent. Quel est le New Order proclame-t-il depuis son perchoir ? On le sent lui aussi fatigué, au bord de la rupture et prêt pour la bascule. C'est l'heure des fous, plus celle des honnêtes gens.
 
 
Et puis à l'autonme dernier, un nouveau EP et le chef d'oeuvre Alcoholic's Hymn apparait comme la synthèse des deux vidéos ci-dessus. Koudlam se mêle cette fois à la foule dans les bars de Sankt Pauli, le quartier des marins de Hambourg, mais surtout celui des bars et des bordels. On est au début des années 60, les gens boivent, dansent, se battent, font les cons. De la déchéance du fonds du fonds naît une euphorie éthylique. De l'ivresse de ces gueules cassées déborde une allégresse contagieuse. C'est durant quelques heures, l'explosion nécessaire à encaisser leur vie, l'oubli de l'usine et de la précarité. Gueuler pour toutes les fois où on leur a dit de se la fermer. Les images sont en fait extraite d'un documentaire italien de 1962, Mondo Cane dont je ne sais rien, donc peu importe en fait.
 
 
Koudlam fait de l'electro sans n'avoir rien à voir avec la French Touch ni Ibiza. Pas de paillettes dans ces trois contes de la folie (pas si) ordinaire, il y a un côté provocateur mais c'est bien plus profond. Des vidéos dérangeantes mais qu'on ne peut s'empêcher de regarder en boucle. Dans la pure violence, la pure folie, la pure cuite, il sait taper là où ça libère !
 
 
 
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