Il fait froid, j'ai les mains bien au fond de mes poches et le cou enfoncé au maximum dans le col du manteau. Appuyé contre un lampadaire, je lève régulièrement mes pauvres pieds pour les sortir de ce goudron glacial et détrempé. L'air est vif, peut être que mes oreilles vont tomber congelées. Ca serait bien que le bus arrive très vite et me sorte de cet enfer de grisaille. Autour de moi tout n'est que béton, le plafond est bas, toute végétation a été chassée il y a bien longtemps et sûrement que plus rien de poussera ici désormais. A côté, les gars qui discutent à voix basse s'en foutent, c'est leur vie, c'est chez eux. Sûrement qu'ils ne voudraient pas autre chose, ils ne rêvent pas de soleil et de douceur, ils ne rêvent pas, ils n'ont connu que ça, ils ne se plaignent pas, ils ont la peau dure.

 

C'est peut être les gars de Agent Grinder Side qui attendent ce bus de banlieue de Stockholm, tant leur dernier disque Irish Recording Tape baigne dans cet univers. Austère, sévère, d'une violence sourde. La seule chose d'humain dans cette horreur synthétique et industrielle, c'est une voix, et loin de vouloir s'enfuir, elle protège son quartier avec fierté et hargne.  Alors cette rythmique dénuée de toute rondeur cogne, les immeubles se rapprochent, semblent glisser sur le parking engloutissant tout espoir en même tant que les vieilles berlines japonnaises garées là, toujours plus imposants, ils se penchent sur moi, me submergent, m'étouffent. Je suis coincé là.

 

 

 

 

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