Voilà un an de bonheur en musique avec Montréal, Québec. On passe sur ce karaoké 100% metal, la nuit la plus froide qu'ait connue un journaliste de BANG!BANG! mais rappelons nous PYPY, le disque le plus fou entendu en 2014, tornade rock'n'roll, trou noir discoïdal, Montréal. Les Canailles, un des plus beaux souvenirs live de cette même année, sur les planches du Showcase à Pau, leur gouaille folk cajun nous avons réchauffé mieux que n'importe quel tord boyaux. Et ils repasseraient cet été à ce qu'il paraît, Montréal. Maintenant Chocolat. Du Chocolat entre Noël et Pâques, c'est pas raisonnable. Mais comme c'est Born Bad Records, plutôt spécialisé en pépites hexagonales, qui joue les importateurs, on se laisse tenter, on allait pas résister longtemps de toute manière.

En fouillant un peu les entrailles des internets, on découvre que Chocolat est la chose d'un dénommé Jimmy Hunt, héros underground local, qu'il active et réactive à sa guise. Il a sorti un album solo fin 2013, Maladie d'Amour, titre qui, horreur absolue, rappelle une chanson de Michel Sardou d'une zone du cerveau servant à stocker les souvenirs oubliables. Ce disque pop est musicalement dispensable mais fait déjà voir ses textes amoureux "La nuit, je fume devant chez toi, sans que tu me vois". D'une simplicité absolue et joliment poétique. Plus que la pochette avec des éléphants qui s'enculent en tout cas.

Bref, les guitares ont été rebranchées, Chocolat a été réactivé. Tss Tss est le nom de ce deuxième album, c'est le bruit qu'on fait quand on veut appeler quelqu'un discretos ou quand on étouffe un rire. Sa pochette ressemble à celles des séries Best-Of Artistes has-been qu'on sort lors des soldes, 20 balles les 4. Tss Tss laisse cavaler d'entrée les guitares sur Burnout et puis le rythme ralenti , pour mieux s'envoler dans les nuages. On est entre heavy et psyché, ça a un charme 70's très désuet, mais tous ces titres sont d'une intensité prenante, ou au contraire vous bercent en douceur. On était bien au fond de son canapé, le sourire au lèvre, on ronronnait presque quand on nous disait que la vie est une mèche, même sans idée de la signification, et dans la minute qui suit, on a envie de se mettre à genou au bord d'une falaise et de lever les bras vers le ciel alors que seulement le mot Fantôme est prononcé 5 minutes durant. Le morceau Interlude est de la même longueur que les autres et son "t'étais tellement belle" pfff ... La voix fragile et tellement chargée en émotions de Jimmy Hunt ressort à merveille des tempêtes sonores, des montées et des descentes atmosphériques, et pourtant ses mots sont rares et ses phrases encore plus. On est pas franchement habitué à entendre des paroles en français sur ce genre de musique, de rock dit psychédélique, il y a bien eu Moodoid ces temps ci, mais leur "Je suis la Monta-a-a-a-agne" n'a pas été pris au sérieux dans ces colonnes. Pourtant quand Méfiez vous du Boogaloo parle de princesses, de ses fesses, d'anges et de la montagne sacrée, c'est ne pas beaucoup plus sensé, mais il y a cette force invisible, à laquelle vous n'opposez aucune résistance, qui vous emporte avec elle. C'est ça qui fait la réussite ou pas d'une disque.

Si on vous déconseille le vin québecois, on vous recommande fortement son Chocolat, plein de surprises sous le papier, mais point d'écoeurement, on peut s'envoyer toute la boîte, plusieurs fois, tout le temps.

 

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