Jusqu’ici l’humanité a résisté à tous les conflits, à toutes les guerres. Même à celle qui était programmée pour l'effacer en partie. La seconde guerre mondiale. Au milieu de la haine collective survie l’amour entre individus.

C’est le fond des deux derniers livres de Virginie Picaut. Dans "Juste, la Conscience et le Courage", elle avait recueilli les témoignages de gens (ou leur descendance) qui, en Béarn, avaient caché des Juifs durant la guerre, organisé leur passage en zone libre, nourri leurs enfants comme les leurs sans rien attendre en retour, et surtout, en bravant l’immense danger de se faire prendre par l’occupant ou dénoncer par un voisin moins attentionné.

A l’automne sortait La Fille du Français (Editions Gascogne, en partenariat avec l'Asso Ensemble pour la Paix) qui raconte l’histoire peu commune d’une Orthézienne prénommée Emilie et de ses parents.

Quand en 1939 la France entre en guerre contre l’Allemagne, Jules, qui n’est jamais allé beaucoup plus loin que la ferme béarnaise où il est métayer, est envoyé sur le front et très vite fait prisonnier. L’Allemagne se bat sur deux fronts, à l’ouest et à l’est, elle a besoin de tous ses hommes dans son armée et ils font défaut à son économie. Les prisonniers vont les remplacer dans les usines et les champs. Jules est envoyé dans une petite ferme des Sudètes, région de Tchécoslovaquie de culture germanique. Son tempérament discret et travailleur va vite plaire à ses nouveaux patrons qui vont l’inviter à leur table et se lier d’amitié avec lui, chose absolument interdite par le IIIème Reich. Leur pays est différent, ils ne parlent pas la même langue, mais leurs valeurs sont communes. Avec leur fille Franziska, le contact sera plus long à s'établir, mais n’en sera que plus intense ! Et bientôt la petite Emilie va pointer le bout de son nez. Ça les Nazis ne l’ont pas seulement interdit mais ils n’avaient même pas imaginé.

L’amour plus fort que toute idéologie, d’extermination qui plus est, c’est beau ! Mais les ressentiments entre les peuples, qu’ils soient Français, Allemands ou Tchécoslovaques, et pas seulement militaires mais surtout civils, la peur de l’inconnu, le regard des autres pèsent aussi lourd dans l’histoire.

Après deux ouvrages sous forme d’études et de témoignages, Virginie Picaut traite ce sujet de manière romancée, et c’est vrai qu’il s’y prête bien. Mais on ne renie pas comme ça sa formation en histoire et patrimoine, et le bouquin est impeccablement documenté sur les cadres de vie dans le Béarn et dans les Sudètes durant la guerre grâce à des heures d’entretien avec Emilie, la fille du Français. Elle reste sobre en évoquant les sentiments entre les protagonistes, mais ne fait par là que respecter leur caractère simple et discret. De cet homme qui n'a jamais autant vécu que lorsqu'il était prisonnier. De cette femme a qui on a dit que son amour était un crime. Point de récit de batifolages dans ces pages donc, ingrédient pourtant indispensable à tout best-seller.

 

Photo : letelegramme.fr

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