(Livre de Alain Gardinier, édition Atlantica)

 

The Clash, The Damned, The Police, The Jam. 1976, 1977, Mont de Marsan, préfecture des Landes, premier festival punk de l'histoire. Ici, on a tous un peu entendu parler, mais c'était un peu comme la Grèce antique, la frontière entre Histoire et Mythologie était floue.

 

Alors, Alain Gardinier, écrivain, journaliste, était à la librairie L'Escampette à Pau pour dire la vérité et pour présenter son livre Punk sur la Ville. Le titre en jette, ça fait un peu l'invasion de Varsovie par les hordes mongoles de Gengis Khan, mais il n'en fut rien. Le maire et ses conseillers furent les seuls à flipper. En ce mois d'août post-Madeleine brûlant, les Montois font trempette sur la côte ou sont aux fêtes de Campet et Lamolère. Ceci dit, il explique très bien que dans cette vieille France Giscardienne, la cité landaise n'était pas exactement le trou du cul du rock'n'roll et que le fait que le festival s'installe dans les arènes de Plumaçon ne fut pas un hasard total. Il y avait là une connexion avec Marc Zermati, le pape de l'underground parisien à cette époque qui avait toujours un pied et une oreille sur la scène londonienne. C'est lui qui déniche des jeunes groupes prometteurs qui n'ont que quelques concerts à leur actif et qui sont trop heureux pour quitter leurs caves anglaises pour le soleil du Sud de la France, et qu'on les paye (un peu) pour ça.

Alors l'auteur a fait un sacré boulot de recherche. Il n'était qu'à l'édition de 1977, ce qui est déjà pas mal, puisque celle de 76 était vraiment confidentielle, budget : à peine 45000 francs. Il raconte les choses telles qu'elles étaient, sans rajouter sa couche à lui. Il raconte l'amateurisme si beau et la foie si belle des organisateurs qui se tapaient jusqu'à la confection des sandwichs aux rillettes. Les bandes de copains qui traversaient la France en 4L. Il y a tous les docs d'époques retrouvés dans un grenier montois, des rapports de gestion sur une feuille à carreaux, des contrats d'engagements de une page et trois chiffres, les rapports des pompiers pour une entorse et deux malaises alors qu'un massacre était prédit. Et des articles de presse. Celui de Charlie Hebdo par Jacky Berroyer est à mourir de rire. Plus dans l'ethnologie que la musique, il observe le punk en liberté."Ils se mirent dans les glaces des troquets autant que les minettes de boulevard. La différence: Ils sont crades étudiés. La belle affaire !" HAHA ! Et des photos, du noir et blanc et de la couleur, des doubles pages et des témoignages de groupes qui n'ont peut êtres pas duré plus de trois mois.

 

 

Parler simplement de ce qui était en 1979 comme le fait Alain Gardinier et savoir la suite à aujourd'hui, c'est génial. "Police, à l'époque, c'était pas terrible. Et puis à Plumaçon, ils ont vu les Clash jouer du reggae et deux mois plus tard ils sortaient Roxanne" Et oui, leçon d'histoire, page 213, chapitre 9. Non cherchez pas ça n'y est pas. Tout ça pour dire que ce qui fait évidement le mythe de Mont de Marsan, c'est que ces groupes qui n'étaient fait que de gamins branleurs sont devenu célèbres pour certains, jusqu'à archi-mythiques. Exemple, en 1976, il n'y avait pas grand monde, mais dans le bus qui descendait d'Angleterre, il y avait un type en blouson noir qui s'appelait Ian Curtis et qui fondera bientôt Joy Division. Et oui. Voilà, pendant ce temps, dans la librairie l'Escampette, ça tourne à la discussion d'ancien combattant. Un monsieur a vu Mick Jones se faire écraser le pied par une voiture dans le rond point du Sablar, ne comprenant pas pourquoi elles roulaient à l'envers ici. C'est aussi pour ce genre d'anecdote qu'il faut acheter ce livre.

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